Construire le système énergétique qui assurera la compétitivité de la France.
Une contribution de Sandra Melki pour l’Institut des Solutions.
La transition énergétique est entrée dans une nouvelle phase. Le défi n’est plus uniquement climatique ; il est économique, industriel, géopolitique et de souveraineté nationale. Les pays qui réussiront seront ceux capables d’offrir une énergie abondante, compétitive et bas carbone à leurs industries.
La France dispose d’atouts exceptionnels : un mix électrique parmi les plus décarbonés au monde, une filière nucléaire intégrée, des acteurs industriels de premier plan et une position reconnue par le World Economic Forum, qui classe la France 10ᵉ mondiale dans son Energy Transition Index 2026.
Mais conserver cet avantage nécessitera un effort d’investissement sans précédent.
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À horizon 2050, la France pourrait consommer entre 580 et 750 TWh d’électricité : non pas une trajectoire unique, mais un intervalle reflétant les choix de société entre sobriété, électrification et réindustrialisation.
La PPE 2026-2035 et les trajectoires de RTE montrent qu’à horizon 2050, la France pourrait consommer entre 580 et 750 TWh d’électricité : non pas une trajectoire unique, mais un intervalle reflétant les choix de société entre sobriété, électrification et réindustrialisation, contre 451 TWh en 2025.
Pour répondre à cette demande, la France devra mobiliser près de 500 milliards d’euros d’investissements dans les réseaux, les capacités de production, le stockage, l’hydrogène et les infrastructures industrielles.
Cet effort représente environ 1 % du PIB par an, mais il doit être comparé aux 50 à 70 milliards d’euros que la France dépense chaque année pour importer des combustibles fossiles. En vingt ans, ces importations représentent plus de 1 000 milliards d’euros, soit plus du double des investissements nécessaires à la transformation du système énergétique.
La question n’est donc plus de savoir si la transition est coûteuse, mais si la France peut se permettre de ne pas investir.
| France | Chiffre |
| Classement WEF indice transition énergétique | 10ᵉ mondiale |
| Demande électrique 2050 | ≈550-700 TWh |
| Investissements nécessaires | ≈500 Md€ |
| Importations fossiles actuelles | 50–70 Md€/an |
| Réduction potentielle des importations fossiles | 40–50 Md€/an |
France 2040 : le scénario de référence
Demande électrique
| 2023 | 2040 | |
| Consommation électrique | 458 TWh | 580-700 TWh |
| Industrie | 20 % | 30 % |
| Data centers | faible | x4 à x6 |
| Hydrogène | quasi nul | ≈30 TWh |
| Véhicules électriques | ≈1 million | ≈18 millions |
Production électrique
| TOTAL | ≈650–700 TWh | |||
Le système repose sur une complémentarité entre un socle nucléaire pilotable et une montée en puissance des renouvelables, soutenue par des réseaux renforcés, du stockage et des solutions de flexibilité.
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Où investir ?
| Filière | Investissements |
| Réseaux RTE | 100 Md€ |
| Réseaux Enedis | 95 Md€ |
| Nucléaire (6 EPR2) | 70 Md€ |
| Renouvelables | 120 Md€ |
| Hydrogène | 25 Md€ |
| Stockage | 20 Md€ |
| Biométhane et carburants durables | 15 Md€ |
| TOTAL | ≈450 à 500 Md€ |
Les bénéfices attendus
Économie
- réduction de 40 à 50 Md€/an des importations d’énergies fossiles ;
- amélioration durable de la balance commerciale ;
- meilleure stabilité des coûts énergétiques pour l’industrie.
Industrie
- développement de nouvelles filières (nucléaire, réseaux, hydrogène, batteries, recyclage) ;
- création et sécurisation de plusieurs centaines de milliers d’emplois qualifiés sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Climat
- poursuite de la réduction des émissions grâce à l’électrification des usages et à la décarbonation des secteurs difficiles (acier, ciment, chimie, raffinage).
Les recommandations
1. Faire de l’énergie une priorité industrielle nationale
Inscrire la politique énergétique au cœur de la stratégie de compétitivité et de réindustrialisation.
2. Lancer un plan « Réseaux 2040 »
Accélérer les investissements de RTE et Enedis, simplifier les procédures de raccordement et développer les interconnexions.
3. Accélérer le nouveau nucléaire
Respecter le calendrier des six premiers EPR2 et préparer dès aujourd’hui les décisions sur les réacteurs suivants afin d’assurer une continuité industrielle.
4. Changer d’échelle sur les renouvelables
Accélérer le déploiement du solaire, de l’éolien terrestre et offshore tout en renforçant l’acceptabilité locale.
6. Développer les compétences
Créer un plan national de formation aux métiers du nucléaire, des réseaux, du numérique énergétique et de l’industrie bas carbone.
7. Faire de la France une plateforme industrielle de l’IA et des data centers
Capitaliser sur une électricité décarbonée et compétitive pour attirer ces investissements tout en optimisant leur intégration au système électrique.
8. Mettre en place un tableau de bord national
Suivre chaque année des indicateurs clés : investissements, délais de raccordement, production, émissions, compétitivité industrielle et balance énergétique.
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Le financement
Le financement de la transition énergétique repose majoritairement sur l’investissement privé, soutenu par des mécanismes publics de sécurisation (PPA**, CfD*, garanties) permettant de garantir des revenus de long terme. Il est complété par des instruments financiers (dette, green bonds) et par la réallocation progressive des 50 à 70 Md€/an actuellement consacrés aux importations d’énergies fossiles. L’enjeu n’est donc pas de trouver de nouveaux financements, mais de rediriger des flux existants vers des infrastructures énergétiques nationales.
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Une ambition pour 2040
À l’horizon 2040, la France peut devenir la première grande économie industrielle bas carbone d’Europe, capable de produire environ 550 et 700 TWh d’électricité décarbonée, de réduire fortement sa dépendance aux combustibles fossiles et d’offrir à son industrie une énergie compétitive et résiliente. L’effort d’investissement – de l’ordre de 450 a 500 milliards d’euros sur quinze à vingt ans – est considérable, mais il constitue un investissement dans des actifs nationaux plutôt qu’une dépense. En substituant progressivement les importations fossiles par des infrastructures, des usines, des réseaux et des technologies développés en France, cette stratégie peut renforcer la souveraineté énergétique, améliorer la balance commerciale et créer les conditions d’une croissance durable.
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2026-2030 : Lancer les investissements
Objectif
Créer les conditions permettant de doubler le rythme des investissements énergétiques.
Priorités
- Lancer la construction des 6 premiers EPR2.
- Accélérer le déploiement du solaire et de l’éolien.
- Moderniser les réseaux de transport et de distribution.
- Développer les premiers hubs hydrogène
- Simplifier les procédures administratives et réduire les délais d’autorisation.
- Généraliser les contrats d’électricité de long terme (PPA) pour sécuriser les investissements industriels.
- * Un CfD est un contrat entre un producteur d’électricité et l’État qui garantit un prix stable sur le long terme.
- ** Un PPA est un contrat de long terme entre un producteur d’électricité et un acheteur
